Pierrette Requier

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Pierrette Requier, a bilingual Alberta poet, playwright, performer, producer, mentor, has been involved at all levels of the Alberta literary scene for over 20 years. Most recently she has served as a liaison-poète creating and facilitating events that create connections and interdisciplinary collaborations between the English and French artistic communities in our amazing province.   As a writer, Pierrette Requier sees an attractive risk in being a poet and encourages all voices and all languages to emerge and be heard, thus creating new forms of sonorities.

She believes that “Language is an alive and constantly evolving entity, a shifting texture and that writing poetry is at once terror and playfulness; it is jumping into a void and at the same time, immersing one’s self into the now of play, of hanging out with words long enough to watch the magic of an image arise out of nothing.

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Moi, Pierrette Requier, je suis fille du vent et des prairies de l’Ouest canadien, et femme de la ville, hantée à la fois par le grand espace du ciel et de la terre où j’ai été élevé, par sa beauté terrible, tendre et cruelle, et par mes ancêtres Jersiais qui, en 1914, sont venus se garrocher dans ce “Nouveau Monde”, ce Last Best Ouest du Nord de l’Alberta; et surtout, par ces femmes pionnières qui ne disaient pas…

Poète albertaine bilingue, auteure dramatique, animatrice des Wind Eye Writing Seminars, mentor, je suis très active depuis plus de vingt ans dans le milieu littéraire d’Edmonton. Siégeant sur le CA du RAFA (Regroupement artistique francophone de l’Alberta) et de la Edmonton Poetry Festival Society en tant que personne liaison, que ce soit lors de lectures, performances multi-arts ou à l’organisation d’activités, je suis ravie des ponts qui se sont créés entre les deux communautés langagière/artistique de notre Province of riches galore!

En écrivant et en pratiquant l’art de la poésie performée, ma réalité pure laine bilingue/dyed in the wool bilingual est devenue une partie indéniable de l’expression poétique de ma culture et mon terroir western. Étant franco-canadienne, je vis entre et compose avec deux langues qui se parlent constamment et ce « bi-langue-isme » colore mes écrits veux, veux pas. Ce qui emballe l’écrivain(e) et l’auditoire c’est la langue vivante et les voix humaines.

« Avoir » sa propre langue est chose aussi essentielle à la survie de l’être de l’humain(e) que la terre qui nous soutient et nous nourrit. Puisque la langue est toujours en émergence, elle se prête à la créativité, à l’invention de nouvelles formes.


ghosts

when my throat was scratchy and my head throbbed and my nose burned from dry cold when i didn’t want to get out of bed the ghosts of my settler ancestors came for me lost adrift awailing rattling old dry bones and i get that they want me to speak for them and my first thought is there is nothing to say there are no words for their less-than-modest beginnings for the morsels of story that fell through the cracks for the crumbs of anecdotes that left a sketchy path what is the word for their beginning again and again for an unsettling settling we have been taught to forget and i sit in la prairie à en p’us finir where they sweated and toiled I fumble in my head poke find “bleak” and “sparse” see “slough” and “creek” and a row of skimpy trees as i spit out mouthfuls of mosquitoes see their cattle die of swamp fever and one of their two horses step on its own tongue while grazing and pull it right out as i see two sets of great-grandparents die in their shacks

quand le vent hurle toute la nuit quand le matin ça me grafigne dans la gorge que j’ai la tête grosse et le nez qui brule à cause de l’air si sec quand je ne veux pas me lever les ghosts de mes ancêtres m’arrivent plaintifs me murmurent et à travers leurs fracassements de vieux os j’arrive à entendre qu’ils veulent que je parle pour eux mais comment dire ce rien il n’y pas grands mots pour raconter leurs moins-que-modeste arrivée sauf quelques petits bouts d’histoires que de peines et misère m’ont léguée mes grands-parents un sentier vague à travers la grande plaine à n’en plus finir je m’asseois dans leur quarter section au beau milieu d’une smudge pour empêcher les maringouins de me rentrer dans la bouche me creuse le cerveau trouve “creek” “bleak” “slough” je vois leur vaches mourir de swamp fever un de leur chevaux se piler sur la langue l’arracher nette et dans d’humble shacks mes arrières grand parents s’éteignent disparaissent silencieusement comme ils sont venus au bord du champ une lignée d’arbres souches simples et affilées comme des crayons qui écrivent cette étendue

  • Pierrette Requier from details from the edge of the village, Frontenac House 2009